Daniel Fernandez est à la chanson française ce que le jardin anglais est à la botanique : une redécouverte de la nature sous ses aspects sauvage et poétique. Fort de ses racines gorgées de soleil ibérique, il a poussé dans son quartier de la Fontaine d’Ouche, à Dijon, arrosé par les eaux parfumées venues de pays où il ne pleut pas. Et c’est dans ces arcs-en-ciel d’origines étrangères que, depuis, il puise la lumière qui irradie dans sa musique.

Aussi, après le voyage immobile de l’enfance, Daniel a-t-il, avec le temps, ressenti le besoin d’aller bourlinguer pour de bon vers des horizons inconnus, avec sa guitare pour tout bagage (Maroc, Togo, Chine, USA, Chili, Cuba,…). De balades en ballades et de trips en errances, il a alors pu ressentir vraiment ce qu’il n’avait fait que pressentir jusqu’alors : l’alter désaltère… Et c’est en tissant et en métissant des liens avec les autres, ses semblables si différents, qu’il a su s’imprégner des influences d’ailleurs, pour être “uni vers celle” dont il est le fils aimant le plus fidèle et le fil amant le plus solide qui soit : la musique des chants mêles d’un “fou gueux” pur-sang.

C’est donc sans stratégie ni plan de carrière que Daniel Fernandez a creusé son sillon grâce au micro, en prouvant, au fil de ses expériences riches et variées (Groove la Porte, Caravana, ou encore en tant que compagnon de route d’Yves Jamait), qu’il avait plus d’une corde (vocale et instrumentale) à sa guitare, tout en grattant là ou ça fait mâle. Aujourd’hui dans la force de l’âge, il revient avec un projet ambitieux, fruit d’une lente maturation, qui va pouvoir montrer toutes les richesses de sa palette musicale. Accompagné par le violoniste ô combien talentueux et d’une intelligence musicale rare –Pierre-Olivier Fernandez, dit PoF (nul lien familial entre eux)-, Daniel peut désormais se promener sur le fil (pas rasoir) de ses sentiments avec l’assurance d’un funambule qui n’a plus peur de tomber.

Et le duo n’aime rien tant que se retrouver pour entremêler les sonorités nord-africaines, balkaniques, andalouses, orientales, manouches,… chères à PoF. Compositeur et arrangeur très original, celui-ci a également été violon solo dans de nombreuses formations aux esthétiques très variées (chanson, world music, rock, jazz, électro…). Mais, c’est avec le rappeur Sidi M. et son groupe iltika (hip-hop/slam) qu’il va sillonner des scènes comme les Francofolies, La Villette, Les Eurockéennes, le Printemps de Bourges… Il a également arrangé 10 chansons d’Yves Jamait, interprétées par le chanteur et accompagne par le quatuor à cordes Hyperion (dont PoF est le leader) et par un orchestre symphonique, au Zénith de Dijon comme au Grand Rex de Paris.

Grâce à une empreinte vocale et à une signature musicale uniques -et touché par la grâce d’une complicité rare- c’est sur scène que le duo donne la pleine mesure d’un engagement total. Toujours lumineuses, les chansons à texte de Daniel, cet humain aux mains nues, ont su conserver les accents d’une sincérité à la fois désarmante et inoxydable, tout en étant capables de faire vibrer le public jusqu’à le faire danser. Cultivant ses différences pour en faire l’humus de son jardin secret, il fait éclore ses pensées en fleurs du mâle : tous les éléments semblent donc réunis pour que ce duo de Fernandez puisse enfin articuler la terre, l’eau, l’air et le feu pour enrichir le paysage de la chanson française d’un jardin divers…